|
Les islamistes avaient annoncé neuf manifestations ce dimanche. A l'issue d'une semaine meurtrière, plusieurs ont été annulées pour "raisons de sécurité".
Les partisans du président islamiste déchu Mohamed Morsi ont annoncé dimanche 18 août qu'ils annulaient certaines de leurs manifestations au Caire "pour raisons de sécurité", au cinquième jour de heurts avec les forces de l'ordre qui ont fait plus de 750 morts.
Les militants islamistes avaient annoncé neuf manifestations au Caire dans le cadre d'une "semaine contre le coup d'Etat". "Plusieurs marches au Caire ont été annulées pour raisons de sécurité", a déclaré Yasmine Adel, porte-parole de l'Alliance contre le coup d'Etat, sans en préciser le nombre.
Evacuation houleuse d'une mosquée samedi
Les islamistes avaient appelé à des manifestations, faisant craindre de nouvelles violences, au lendemain de l'évacuation houleuse d'une mosquée du Caire où étaient retranchés des centaines de manifestants. Au total, 385 personnes qui se trouvaient à l'intérieur de la mosquée Al-Fath, évacuée samedi par les forces de l'ordre après une nuit de siège, ont été arrêtées, a annoncé le ministère de l'Intérieur.
Malgré l'appel des partisans du président islamiste déchu Mohamed Morsi à des protestations désormais quotidiennes, aucune manifestation n'avait été signalée samedi dans le pays, même si quelques rassemblements ont eu lieu dans la soirée.
A Alexandrie (nord), des affrontements ont opposé des manifestants islamistes à d'autres civils, selon l'agence officielle Mena, dont l'information n'a pas pu être vérifiée dans l'immédiat. L'état d'urgence et un couvre-feu nocturne restent en vigueur dans le pays, devenu un véritable champ de bataille depuis la dispersion dans le sang mercredi au Caire des campements des partisans de Mohamed Morsi, premier président démocratiquement élu du pays.
Devant la mosquée Al-Fath dans le centre du Caire, un journaliste a vu samedi des policiers faire sortir de force sept ou huit hommes et tirer pour disperser une foule de résidents en colère, massés à l'extérieur, qui a violemment frappé les hommes à coups de bâtons et de barres de fer. Selon l'agence officielle Mena, des tireurs ont ouvert le feu à la mi-journée sur les forces de l'ordre depuis le minaret de la mosquée.
Les policiers et les militaires ont immédiatement répliqué, selon le journaliste, avant de tirer des grenades lacrymogènes et de prendre d'assaut la mosquée. En fin d'après-midi, des sources de sécurité ont affirmé que la police avait évacué la mosquée.
Le spectre d'une justice de rue
Depuis vendredi soir, décrétée journée "de la colère" par les pro-Morsi, de nombreux manifestants, dont des femmes, s'étaient réfugiés dans la mosquée. Plus d'un millier s'y trouvaient toujours quand la police est intervenue, selon les Frères musulmans, l'influente confrérie de l'ex-chef de l'État.
L'Egypte avait connu mercredi la journée la plus sanglante depuis la chute du régime de Hosni Moubarak en février 2011, avec 578 morts, la plupart des pro-Morsi, tués lors de l'opération sanglante contre leurs campements au Caire. Au total, plus d'un millier de personnes, essentiellement des pro-Morsi, ont été tuées depuis fin juin dans des affrontements avec les forces de l'ordre et avec des anti-Morsi.
Dans un pays où les division n'ont jamais semblé si profondes, les violences ont fait surgir le spectre d'une justice de rue. Des "comités populaires" -surtout des groupes de jeunes souvent excités et armés - se sont mis en place et fouillent les passants, contrôlent l'accès à leur quartier et amènent de force à l'armée et à la police toute personne leur paraissant suspecte.
Alors que Mohamed Morsi est détenu au secret par l'armée depuis sa destitution, le ministère de l'Intérieur a pour sa part annoncé avoir arrêté plus d'un millier d'islamistes vendredi. Le frère du chef d'Al-Qaïda Ayman al-Zawahiri a également été arrêté dans la banlieue du Caire pour "soutien" à Mohamed Morsi. Le fils du Guide suprême des Frères musulmans a été mortellement touché par balle durant ces heurts, a annoncé la confrérie.
L'Egypte ne "pliera" pas devant la violence des islamistes
Le gouvernement affirme désormais "combattre le terrorisme". Le général Abdel Fattah al-Sissi, le chef de l'armée égyptienne et nouvel homme fort du pays, a assuré dimanche que l'Egypte ne "plierait" pas devant la violence des islamistes, lors d'une réunion avec les principaux chefs militaires et de la police.
"Quiconque imagine que la violence fera plier l'Etat et les Egyptiens doit revoir sa position, nous ne resterons jamais silencieux face à la destruction du pays", a-t-il dit dans sa première déclaration depuis le début, mercredi, de la répression sanglante contre les partisans du président islamiste déchu Mohamed Morsi.
Le choix de la solution sécuritaire adoptée depuis mercredi par le gouvernement a provoqué une salve de critiques à l'étranger. Si le nouveau pouvoir a encore assuré samedi que les membres des Frères musulmans avaient leur place dans la transition, la Bolivie a qualifié leur répression de "génocide" et Cuba a condamné "la mort de civils innocents".
Dans le même temps, le consulat d'Egypte à Benghazi, dans l'est libyen, a été visé samedi par une attaque à l'engin explosif qui n'a pas fait de victime, selon un responsable de sécurité.
Samedi, Londres a condamné les récentes violences en Egypte, tant l'"usage disproportionné de la force par les forces de l'ordre" que les actions de certains manifestants. Le ministre des Affaires étrangères William Hague a par ailleurs dénoncé les attaques contre des lieux de culte, notamment des mosquées et des églises, survenues ces derniers jours dans tout le pays.
L'UE réexaminera ses relations avec l'Egypte si la violence ne cesse pas
Les dirigeants de l'Union européenne, Herman Van Rompuy et Jose Manuel Barroso, ont averti dimanche le gouvernement égyptien que l'UE était prête à "réexaminer" ses relations avec ce pays si la violence ne cesse pas. Le président de l'UE et celui de la Commission européenne avertissent dans un long communiqué qu'une nouvelle escalade dans la violence pourrait avoir "des conséquences imprévisibles" pour l'Egypte et la région, et estiment que la responsabilité d'un retour au calme revient à l'armée et au gouvernement.
"En coopération avec ses partenaires internationaux et régionaux, l'UE va résolument poursuivre ses efforts pour promouvoir la fin de la violence, le rétablissement du dialogue politique et le retour au processus démocratique". "A cette fin, l'UE, avec ses Etats membres, va réexaminer urgemment dans les jours qui viennent ses relations avec l'Egypte, et prendre des mesures visant à atteindre ces buts", préviennent les dirigeants. Ils regrettent que les efforts internationaux et les propositions destinées à relancer le dialogue aient été rejetées, et que ce soit au contraire la confrontation qui ait été choisie. "Cette voie ne peut mener au succès. Il est crucial que la violence cesse immédiatement", écrivent-ils.
"Les appels à la démocratie et aux libertés fondamentales venant de la population égyptienne ne peuvent pas être ignorés, et encore moins être noyés dans le sang", soulignent les dirigeants européens. Ils ajoutent que, "même si tous doivent faire preuve de modération, nous soulignons la responsabilité particulière du gouvernement provisoire et de l'armée pour mettre fin aux heurts".
Cette déclaration est publiée à la veille d'une rencontre diplomatique européenne de haut niveau sur le sujet, qui devrait décider d'une réunion des ministres des Affaires étrangères des 28 dans les jours qui viennent.
Même son de cloche de la part du secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon, qui a dénoncé un "usage excessif de la force" contre les manifestants, et "condamné fortement les attaques contre les églises, les hôpitaux et d'autres bâtiments publics, qu'il trouve inacceptables".
source:http://tempsreel.nouvelobs.com
 |